Thèmes de recherche
Les thèmes de recherche du Centre d’Analyse Economique peuvent être présentés, au prix de quelques recoupements, en neuf grands thèmes.
1. L’analyse des institutions
Une partie des recherches menées par le Centre continuent de se pencher sur les fondements de l’analyse des institutions. Le clivage organisation-ordre spontané a fait l’objet de nouveaux travaux : Philippe Maitre, Jacques Garello, Pierre Garello. La question de la méthode la plus appropriée pour analyser les institutions (théories de l’équilibre ou de l’évolution) a été réexaminée par Jean-Pierre Centi et Neelkant Chamillal. Si l’on opte pour une approche évolutionniste, il est dès lors nécessaire de réfléchir aux moteurs de cette évolution. Tel est l’objet des travaux conduits par Pierre Perrin et Frédérique Chancelier. Alexandre Padilla a quant à lui réfléchi aux problèmes d’agence soulevés par les institutions. Notons enfin un début de réflexion prometteur sur les institutions médiatiques conduit par Dominique Augey.
2. L’analyse économique du droit
Cette analyse constitue l’un des piliers les plus anciens de la recherche au Centre. Elle se développe à présent en étroite collaboration avec des universités étrangères. Elisabeth Krecké analyse l’évolution pour le moins tourmentée de ce domaine de connaissance en collaboration avec ceux qui en ont été les pionniers (contributions en cours pour des ouvrages dirigés par Richard Posner). Une nouvelle approche de l’analyse du droit se dessine au C.A.E. et se décline dans les différents domaines du droit : droit des contrats (Pierre Garello; Philippe Maitre), droit de la concurrence (Alexandre Padilla et Pierre Garello), droit de l’internet (Elisabeth Krecké), droit de la responsabilité (Jean-Philippe Dalbin). A noter que Jean-Philippe Dalbin a soutenu une thèse qui portait sur la notion de prudence en droit de la responsabilité.
3. L’analyse de l’environnement
C’est tout naturellement au travers du spectre de l’analyse des institutions que les chercheurs du C.A.E. ont abordé les questions relatives à l’environnement. Une partie des recherches se sont situées à un niveau général. Il en est ainsi des travaux de Valérie David, Sophie Mairesse et Philippe Maitre sur le principe pollueur payeur ou encore sur le principe de précaution; et des travaux d’Elisabeth Krecké sur la réglementation en matière environnementale et ses impacts sur la concurrence. Mais des travaux plus appliqués ont également été entrepris : Valérie David et Sophie Mairesse sur la gestion des ressources renouvelables et épuisables, et sur les ressources halieutiques, ainsi que Jean-Pierre Centi sur les ressources marines. Une thèse de doctorat est en préparation sur ces thèmes (Guillaume Maudet) qui sont appelés à connaître un développement plus rapide dans les années à venir grâce à l’implantation d’une partie du Centre sur le technopole de l’Arbois.
Il faut encore préciser que le Centre a continué et continuera d’organiser un colloque international biannuel sur le thème « Droits de propriété et environnement ». Ces colloques ont été organisés, grâce à l’étroite collaboration de Max Falque (consultant en environnement), en 2000 et 2002. Chaque colloque a permis d’accueillir plus d’une centaine de participants d’une dizaine de pays. Les actes du colloque de 2000 sur les ressources marines ont été publiés en français et en Anglais, et il en sera de même pour les Actes du colloque 2002.
4. La théorie monétaire
L’analyse des institutions monétaires — une vieille tradition du Centre comme en témoigne la nouvelle édition très largement modifiée du Dalloz sur la monnaie publié par Gérard Bramoullé et Dominique Augey — s’est-elle aussi prolongée pour se pencher sur les nouveaux problèmes contemporains qui se présentent en la matière. Le rôle des Banques centrales dans le nouveau système monétaire, et dans une perspective évolutionniste, a été examiné par Jean-Pierre Centi qui s’est également interrogé sur l’avenir des systèmes monétaires de la zone Afrique. La garantie des dépôts a fait l’objet de la thèse de Radu Nechita qui a également présenté ses recherches dans différents colloques. Ce même thème a été abordé par Jean-Pierre Centi. L’apparition de monnaie ou quasi-monnaie électronique fait l’objet des recherches en thèse de Gilbert Bougi et a déjà donné lieu à des publications. Jérôme Valdy a soutenu sa thèse sur l’impossibilité d’appréhender correctement la monnaie dans un modèle d’équilibre. Enfin, le CAE suit de près les évolutions des instituions monétaires et financières en Europe. Hery Razafitombo a écrit sa thèse et publié sur les primes de risque dans les marchés émergents ; Pierre Garello est intervenu dans de nombreux colloques sur l’Euro.
Le Centre apporte également son soutien à la création par une association indépendante regroupant chercheurs et professionnels du monde bancaire d’un Observatoire de l’Euro . Cet Observatoire organise en Janvier prochain un colloque sur l’Euro. Un projet de « laboratoire commun » sera déposé dans le cadre de ce plan quadriennal.
5. L’analyse de la tradition autrichienne
Le C.A.E. n’entend pas former des économistes « autrichiens », car il n’y a qu’une seule science économique qu’il nous appartient à tous de faire évoluer. Néanmoins, il existe une tradition au sein de cette science économique, que l’on a coutume d’appeler « tradition autrichienne », que les chercheurs du Centre apprécient et désirent voir intégrée plus largement dans les programmes de recherche. Cela passe par une meilleure connaissance de cette tradition qui accorde, justement, un rôle central aux institutions. C’est dans cette perspective que peuvent être classées les contributions de Neelkant Chamillal sur la pensée de Carl Menger (fondateur de la tradition autrichienne) ou encore sur la spécificité de cette tradition. Les travaux sur Hayek conduits par Frédérique Chancelier et les deux numéros édités par Jean-Pierre Centi à l’occasion du centenaire d’Hayek s’inscrivent dans la même philosophie.
6. Méthodologie et histoire des sciences sociales
L’intérêt manifesté par les chercheurs du CAE pour un nouveau paradigme (le paradigme autrichien) les a conduits tout naturellement à aborder l’histoire de notre science et de ses méthodes. De méthode il est question dans la contribution commune de Gérard Bramoullé et Didier Calcei sur l’épistémologie hayekienne, comparée aux épistémologies de Mises et Popper. Les contributions de Philippe Maitre, de Pierre Garello et Jacques Garello se situent quant à elles dans le domaine de l’histoire de la pensée économique.
7. Les institutions du développement
Dopé par l’arrivée de nouveaux chercheurs, et en particulier de Bernard Haudeville, le C.A.E. a repris au cours des dernières années ses recherches en économie du développement. Il s’agit là d’un thème ancien pour le Centre qui a traditionnellement accueillis de nombreux étudiants étrangers particulièrement intéressés par l’option « institutions du développement » proposée dans le cadre du D.E.A. Ces analyses du développement sont inspirées, sans surprise, d’une réflexion sur les institutions et sur le rôle de l’entrepreneur et de la micro entreprise. Bernard Haudeville s’est penché sur les économies en transition et en particulier sur les privatisations. Dominique Augey a examiné le rôle des médias dans les processus de transition ; Luc Tardieu, actuellement en thèse sur ces thèmes, s’est intéressé aux flux migratoires. Olivier Verheyde, Thierry Sebagh et Philippe Maitre ont analysé le rôle des réseaux commerciaux dans les processus de développement ; Hery Razafitombo a analysé l’importance et les modes de fonctionnement des marchés financiers dans les pays émergents, et enfin Valérie David et Sophie Meyresse ont mis à profit leur connaissance de la gestion de la ressource eau pour analyser son importance dans les processus de développement en Palestine et en Inde.
8. Choix public et économie publique
Depuis la création du C.A.E. il est apparu clairement que l’analyse économique des institutions doit inclure celle des institutions qui règlent la vie publique. Fidèles à cette tradition, les chercheurs du C.A.E. ont développé au cours des quatre années passées des recherches tant générales qu’appliquées. A un niveau général, Hervé Magnouloux a poursuivi ses réflexions sur les choix constitutionnels alors que Frédérique Chancelier développait une analyse économique de la démocratie. Dans une optique plus « économie publique », et en partant des travaux de thèse de Sophie Mairesse (économie des réseaux et eau) et de Valérie David (tarification du service public des eaux), ces deux chercheurs, en collaboration avec Philippe Maitre ont développé une analyse de la valorisation de l’eau, suivant ainsi des travaux parallèles menés par Jean-Pierre Centi. Sophie Mairesse et Valérie David ont également appliqué leur savoir en la matière à une réflexion sur la coopération régionale autour de la ressource eau. A noter enfin les travaux de Pierre Perrin sur la territorialité.
9. Économie et éthique
Dès lors que l’on adopte une approche évolutionniste des interactions, les critères classiques d’évaluation (efficacité) perdent de leur pertinence. C’est pourquoi les chercheurs du centre ont été conduits à revoir les critères normatifs de la science économique. Dès lors, les relations entre action économique et justice prennent un nouvel aspect. On ne sélectionne plus les résultats justes parmi un ensemble d’états efficaces, mais on s’interroge pour savoir si la mise en place des institutions justes ne favorise pas le progrès économique. Ces interrogations sur l’éthique ont été conduites à un niveau théorique mais aussi appliquées à des comportements typiques. A un niveau global, Jacques Garello a poursuivi une recherche sur la justice du système des échanges dans un contexte de droits de propriété. Philippe Maitre a dressé un bilan des différentes conceptions de l’équité présentes dans les sciences sociales, alors que Jean-Philippe Dalbin tirait de sa thèse un essai sur les liens Justice-Richesse. Alexandre Padilla a étudié le comportement du gestionnaire qui commet un délit d’initié, alors que Pierre Garello se penchait sur la déontologie du décideur public, et Philippe Maitre sur l’équité du salaire d’efficience.
Il faut également mentionner sur ce thème les fruits d’une coopération ancienne avec le Centre de Recherches en Ethique Economique et des Affaires et Déontologie Professionnelle, dirigé par Jean-Yves Naudet. Le Centre organise en étroite collaboration avec le CAE un colloque annuel international sur le thème « Ethique et Economie ». Les Actes sont publiés aux Presses Universitaires d’Aix-Marseille. Il faut enfin noter les publications de Jean-Yves Naudet en la matière.