Actualité

10 juin 2007
LA REMISE EN QUESTION DU PRIX UNIQUE DU LIVRE
Bouleversement dans le projet de loi sur la modernisation économique
: un député du nouveau centre, Jean Dionis
du Séjour, a l’intention de demander de réduire
de deux à un an le délai durant lequel les
soldes de livres sont interdites. À préciser
que les rabais concernés sont ceux supérieurs à 5%.
Cette tentative est la seconde, après l’amendement
qui avait été déposé au projet
LME, qui prévoyait alors de limiter à six mois
l'interdiction des soldes des livres, et qui a été rejeté par
la commission des affaires économiques de l’Assemblée
nationale. Le rapport Attali, sur lequel est basée
la loi, était d’ailleurs favorable au maintien
de la loi Lang.
La loi mise en cause est donc la loi sur le prix unique
du livre votée le 10 août 1981, à l’initiative
de Jack Lang, alors ministre de la Culture. Cette loi prévoit
que l’éditeur fixe le prix de son livre et le
marque au dos de l’ouvrage. Elle précise, ensuite,
que les points de vente – librairie, surface spécialisée
ou grande surface – ne peuvent vendre le livre à prix
différent ; toutefois, une remise maximum de 5% est
autorisée.
Le prix fixé s’impose alors comme un minimum à toutes
les éditions ultérieures de l’ouvrage
dans un délai de neuf mois. Par ailleurs, ce prix
unique ne s’applique pas aux livres importés
ou à ceux édités depuis plus de deux
ans et dont la dernière commande date de plus de six
mois.
Pour Antoine Gallimard, « la loi Lang est la pierre
angulaire de la vie éditoriale. Elle n’empêche
pas la concurrence et ne lèse pas les consommateurs ».
Cette loi est, d’ailleurs, bien souvent qualifiée
de « première loi de développement durable »,
car elle a contribué au maintien d’un tissu
de librairies indépendantes et d’une grande
production éditoriale.
La semaine précédent l’ouverture des
travaux parlementaires, la Société des gens
de lettres (SGL), le Syndicat national de l’édition
(SNE), ainsi que le Syndicat de la librairie française
(SLF) se sont levés contre « la fin du prix
unique du livre ». Dans une lettre commune adressée à Christine
Albanel, actuel ministre de la Culture, les trois syndicats
précisent qu’un tel dispositif « amorcerait
un bouleversement total du marché du livre, dont les
seuls bénéficiaires seraient quelques grands
acteurs de la distribution ».
Selon les syndicats, les librairies indépendantes,
déjà fragiles économiquement, résisteraient
difficilement à l’émergence d’un
marché des soldes dans les grandes surfaces et sur
Internet. Les éditeurs, eux, pâtiraient directement
d’un report des achats des nouveautés dans l’attente
des soldes. Concernant les écrivains, le système
envisagé par le député ne profiterait
qu’aux auteurs de best-sellers. Enfin, les lecteurs
souffriraient d’un appauvrissement de l’offre éditoriale
et surtout d’une augmentation du prix du livre ; les éditeurs
compensant ainsi le manque de recettes liés aux soldes
par une augmentation globale de leurs prix.
À l’inverse, Xavier Garambois, le directeur
général d’Amazon France (librairie sur
Internet), qui déclare que ses clients trouvent que
les livres sont chers, juge donc « très positive » l’initiative
du député : « cela stimulerait le marché du
livre, qui est moins dynamique en France qu’en Grande-Bretagne
et où les nouveautés sont moins chères ».
Cependant et contrairement aux apparences, le système
britannique n’est pas à envisager car la suppression
du prix unique – en 1995 – a entraîné le
constat de livres en moins grand nombre, plus chers et moins
accessibles. D’après le ministère français
de la Culture, la suppression du prix unique en Grande-Bretagne
a « accéléré le développement
des grandes enseignes de distributions et fragilisé le
réseau des libraires indépendants ».
Si la proposition du député Dionis du Séjour
irrite la majorité des acteurs du marché, sa
préoccupation est, en réalité, avant
tout écologique. Il souhaiterait, en effet, réduire
le nombre de livres invendus, qui sont détruits chaque
année, c’est-à-dire entre 80 à 100
millions sur un total de 400 millions d’exemplaires.
Les débats parlementaires ont commencé le
29 mai, nous connaîtrons dans quelques semaines l’issue
de cette demande.
Sources :
Le Monde, 28 mai 2008
Le Figaro, 30 mai 2008
Wikipedia
Marion PAZZONI
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