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01 décembre 2005
LES CINQUANTE ANS DES CINEMA D'ART ET D'ESSAI
On imagine les cinémas d'art et d'essai comme des
salles inconfortables et mal équipées, ayant
une clientèle d'érudits. Le 18 octobre dernier,
le Ministre de la culture a célébré le
cinquantenaire de ces établissements. Cet anniversaire
est l'occasion de balayer ces clichés.
Pour commencer, il faut dire que ces salles sont plus nombreuses
et plus performantes qu'on les imagine. En effet, on compte
en France 1991 écrans dans 1024 établissements
et 52,3 millions d'entrées en 2004, ce qui représente
plus d'un tiers des salles françaises et plus d'un
quart des places. Ainsi, 70% des communes équipées
en cinéma possèdent des salles d'art et d'essai
(chiffres communiqués par l'association française
des cinémas d'art et d'essai –AFCAE-). Le Centre
National de la Cinématographie (CNC) exige, pour la
classification art et essai , des critères précis
: proportion et diversité des films recommandés
d'art et d'essai dans la programmation, un certain nombre
de séances en version originale, une politique d'animation
(comme des débats publics avec le réalisateur),
etc. Quand un tel établissement est classé,
il recevra une subvention du CNC qui peut atteindre 11 millions
d'euros chaque année.
Pour qu'un film soit recommandé d'art et d'essai,
un collège d'une centaine de personnes passe au crible
les films en salle et procède à un vote, tout
cela sous l'égide de l'AFCAE qui est mandaté par
le CNC. On peut compter dans ce collège des distributeurs,
des producteurs, des réalisateurs ou des personnalités
des médias. Ainsi, en 2004, 60.5% ont reçu
le label art et essai (les films français représentaient
la moitié des décisions positives) dont Un
long dimanche de fiançailles, Kill bill volume 2,
Ladykiller ou Comme une image . Il n'y a donc aucun genre
a priori qui ne puisse être classé d'art et
d'essai. Mais les lois du marché obligent les multiplexes
et salles classées à se partager la programmation
de certains films, d'où l'existence de certaines tensions
réglées par un médiateur nommé par
le CNC. Néanmoins, il arrive parfois que la collaboration
entre ces deux types d'exploitation donne lieu à une
belle surprise tel que le succès des films d'animation
d'Hayao Miyazaki, qui doit une partie de son succès
en France aux cinémas classés.
Aujourd'hui la résistance des cinémas d'art
et d'essai prend une nouvelle ampleur. Ainsi, le 15 janvier
dernier s'est créée la Fédération
des associations des spectateurs de cinéma (FASCINÉ),
qui se bat pour les salles indépendantes classées
ou non. Pour cela, le 3 décembre, FASCINÉ va
organiser une journée nationale des cinémas
indépendants. L'association est déjà soutenue
par des réalisateurs tels que Ken Loach et Bertrand
Tavernier. De ce fait, on peut dire que les cinémas
d'art et d'essai ont de beaux jours devant eux et ne sont
pas prêts de céder face aux géants que
sont les cinémas multiplexes.
Source :
Studio magazine (numéro 212 de décembre).
Audrey RAPUZZI
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