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Le 5 Décembre 2005
LA CRISE DU CINEMA
Le cinéma est en crise depuis longtemps. La baisse
des résultats et la certitude de la profession de ne
plus être maîtresse de son destin expliquent la
panique qui s’est emparée du marché.
Aujourd’hui on compte le nombre de copies et non plus
les entrées du « premier jour »
ou celles « première séance ».
La rotation des films se fait très rapidement puisque
certaines semaines 2 500 copies nouvelles sont lancées
sur le marché. Cette inflation du nombre de copies
sert à écraser la concurrence. Les films doivent
faire le plein de leurs entrées en deux semaines. On
assiste à la multiplication des programmations sauvages.
Les règles tacites qui respectaient l’intérêt
commun ont disparu.
De plus, les distributeurs indépendants accusent la
mainmise sur le marché opérée par les
chaînes de télévision comme TF1 (TFM),
Canal + (Mars film) et M6 (SDN). TF1 n’a jamais programmé
de films de Woody Allen pourtant c’est TFM qui distribue
son dernier film « Match Point »…
Le public jeune est la cible privilégiée des
films car il est censé se précipiter dans les
salles lors de la sortie du film. Les personnes plus âgées,
moins sensibles aux campagnes promotionnelles ont besoin de
plus de temps pour se décider à aller voir un
film. Aussi des succès relatifs remportés par
les films de Jarmusch, Haneke ne font pas oublier les échecs
des Dardenne, de Wenders, de Lars von Trier, etc. La baisse
de 50% de spectateurs en deuxième semaine est considérée
comme normale. D’ailleurs un producteur a déclaré :
« Quand quelqu’un vous parle en bien d’un
film, c’est soit qu’il l’a déjà
vu, soit qu’il n’ira pas le voir ».
Dans les salles, la vente de la confiserie rapporte plus aux
exploitants que les billets d’entrée. « Les
mauvais esprits suggèrent que les films leur sont nécessaires
pour vendre du pop-corn. Ainsi aujourd’hui on assiste
à une banalisation du produit film. Grâce au
DVD, une nouvelle génération de cinéphiles
est née ; il faut tout de même noter que
le DVD vendu dans les grandes surfaces n’est souvent
qu’un produit d’appel qui ne rehausse pas le prestige
attaché au film. Quant à la télévision,
elle utilise les films pour vendre des spots publicitaires
qui choisiront les films afin d’atteindre leurs objectifs
financiers.
On note aussi depuis quelques temps la disparition du nom
du réalisateur sur les affiches de films hollywoodiens.
Celles-ci mentionnent : « par le réalisateur
ou le scénariste, ou le producteur de… et là
suit le nom d’un succès. Les spectateurs choisissent
leur film à partir d’une marque déposée
que représente le film lui-même. La publicité
d’un film est faite à partir d’extraits
de critiques systématisées ce qui ne suscite
plus aucun désir chez le spectateur.
L’infantilisme de la production majoritaire produit
une baisse du niveau général d’exigence
ainsi les films destinés aux enfants ou aux adolescents
sont considérés comme intéressant aussi
aux adultes qui ne veulent plus « se prendre la
tête ».
Des solutions existent tout de même : il faudrait
limiter le nombre de copies par le distributeur et par mois
et soutenir les indépendants. Ces solutions sont malheureusement
difficiles à mettre en œuvre car dans ce milieu
règne l’omerta.
Source :
Le Nouvel Observateur de la semaine du 1 au 7 décembre
2005
Laurie
MOUNE
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