Actualité

05 mars 2006
LES ARCHIVES A L’EPREUVE DU
DROIT
A la Bibliothèque Nationale de France, se sont réunis
les cinémathécaires afin de discuter du devenir
et de la destination des bandes, bobines et archives « non-film » qu’ils
conservent. En effet, de nouvelles questions se posent :
pourquoi, pour qui conserve-t-on ? Le Plan nitrate qui a
permis la restauration de 15 000 films sur 15 ans depuis
1990 a pu se faire grâce à l’identification
des ayants droit de chaque œuvre restaurée. Le
droit est de plus en plus présent, dés qu’on
catalogue, on valorise et cela implique de prendre en compte
les ayants droit. A priori, rien de nouveau puisque le droit
d’auteur n’est pas propre au cinéma, mais
les droits d’un film ainsi que son statut d’œuvre
de collaboration compliquent les choses, si bien que Pathé-Gaumont
Archives, reconnue comme une entreprise privée « modèle » est
obligée de ralentir ses initiatives lorsqu’elle
veut conserver et valoriser ses fonds. Ainsi sa directrice
Martine Offroy, par ailleurs vice-présidente de la
Cinémathèque française déclare
: « Aujourd’hui c’est trop compliqué de
mettre en route une restauration : untel dit « j’ai
le matériel », un autre, « j’ai
un meilleur matériel », un autre encore, « c’est
moi qui détiens les droits », et en attendant,
les films s’abîment ». Le rôle du
CNC est flou comme le rappelait Boris Todorovitch, directeur
des actions patrimoniales au CNC lors des journées
2005. En effet, le CNC finance à la fois le dépôt
légal aux Archives françaises du film de Boris
d’Arcy et des institutions comme la BNF et la BIFI.
Un inventaire national de tous les films, trans-archives
qui devrait être une priorité, nécessiterait
20 ans et 2 millions d’euros mais le CNC manque de
crédit pour cela, aussi Boris Todorovitch a des difficultés à accomplir
sa mission et déclare : si le patrimoine, c’est
ce qui est accessible à tous, ce n’est pas le
cas pour le cinéma ».
De plus, les archives de cinéma risquent de délaisser
l’intérêt national et ne servirent que
de fournisseurs de contenu comme par exemple la Cineteca
de Boulogne qui permet aux distributeurs un dépôt
gratuit contre une projection gratuite par la cinémathèque,
de leurs films.
Dans les années 1980, les catalogues de droits de
diffusion des films bénéficient d’une
forte hausse grâce à la diffusion télé et
provoquaient déjà avec les premières
ventes de VHS en 1986 puis de DVD en 1997 des tensions juridiques.
Aux 4ème Journées d’études européennes
sur les archives de cinéma et d’audiovisuel,
les représentants de l’Ina parlaient VOD, Télévision
sur portable, haut débit, triple play et promettaient
aux professionnels plutôt agacés 240 000 heures
en ligne et aux particuliers 10 000 heures.
Devant le durcissement juridique, le directeur de la Bibliothèque
du film (BIFI), Marc Vernet se réjouit déjà de
la fin de la mise en ligne. En Italie, le Progetto Chaplin
(lancé en 2002 par la Cineteca de Bologne) a permis
en 2002 de numériser et de mettre à disposition
des centaines de milliers de documents non-film et donc de
coordonner les intérêts des ayants droit et
des investisseurs, cette réussite locale (la Cineteca
est municipale) et extraterritoriale (via le Net) promet à l’archive
l’espoir d’un bel avenir.
Il est à souhaiter que l’évolution de
la technique et du droit poussera le privé et le public à mieux
collaborer et à poursuivre un dialogue fructueux.
Source : Cahiers du Cinéma de février 2006
Laurie MOUNE
Retour haut de page |