Actualité

Le 13 novembre 2006
LA FETE DU CINEMA DE ROME : UN NOUVEAU GENRE DE FESTIVAL
POPULAIRE
Du 13 au 21 octobre s’est tenue à Rome la première édition
de la Fête du cinéma. Cherchant à se
démarquer d’un festival, son objectif était
d’osciller « entre une manifestation populaire,
avec des stars qui viennent à la rencontre de leur
public, et un programme beaucoup plus rigoureux » explique
Goffredo Bettini, président de la Fête du cinéma.
En effet, parmi les 114 films proposés, spectateurs
et professionnels ont pu assister aux avant premières
de La sconosciuta de Guiseppe Tornatore, de Les infiltrés
de Martin Scorsese ou de Napoléon (et moi) de Paolo
Virzi, mais aussi à la compétition officielle
de 16 longs métrages ou à l’hommage rendu à Marcello
Mastroianni. Aux yeux de Jacques Mandelbaum du Monde, cette
diversité a parfois pu viré au « confusionnisme
esthétique ».
L’annonce d’un « festival » ambitieux
La manifestation faisait déjà grand bruit avant
même de commencer. Tout d’abord, le budget de
cette première édition s’élève
finalement à 12 M€. Celui-ci a doublé avec
l’appui de partenaires privés qui ont eu vent
des prévisions de hausse de la fréquentation.
Les habits étaient-ils trop grands pour une première édition
? C’est ce qu’estime certains pour qui la logistique
du festival s’est révélée souvent
défectueuse. Ensuite, la Fête du cinéma était
vue par beaucoup comme une concurrente directe de la Mostra
de Venise de septembre, festival emblématique du cinéma
international, en perte de vitesse depuis quelques années.
Alors que « Venise a fait le pari d’imposer un
profil résolument tourné vers l’amour
du cinéma », Rome sert « à coups
de millions d’euros sa propre médiatisation » commente
Jean-Michel Frodon dans Les cahiers du cinéma. Il
est vrai que les organisateurs ont fait de gros efforts de
communication, à l’image de Walter Veltroni,
maire de Rome et ancien ministre de la culture, qui dispose
de nombreuses relations parmi les industriels et les stars
du cinéma. « Nous avons choisi de ne pas bâtir
en entier la communication sur le secret, explique le directeur
Giorgio Gosetti, ce qui nous a permis d’avoir des information à mettre à disposition
de la presse et des professionnels au fur et à mesure ».
Et d’éveiller la curiosité de tous sur
ce projet ambitieux.
Les débuts d’un nouveau marché du
film
Baptisé « Business Street », le marché du
film de la Fête était présenté comme
un marché complémentaire de l’American
Film Market (Los Angeles) ou du Toronto International Film
Festival. L’émergence d’un nouveau grand
marché aurait en effet été difficile
compte tenu de la prédominance des deux festivals
précités en automne, de Berlin en février
et de Cannes en mai. Plus modeste, la Business Street a donc
permis de conclure des ventes qui n’avaient pu l’être
au cours d’autres manifestations. Elle a aussi su de
créer « un lieu de rencontres privilégié entre
professionnels, avec un vrai confort d’accueil et de
travail », selon le souhait de Sylvain Auzou, directeur
artistique de la Fête. Une
réussite
populaire
Pour une première édition, l’ambition
populaire de la Fête a tenu ses promesses : en une
semaine, environ 150 000 spectateurs se sont pressés
dans les salles (le festival de Berlin attire environ 180
000 personnes). Quand à la compétition, le
jury de cinquante spectateurs – jury lui aussi voulu
populaire – a récompensé le film russe
Playing the Victim de Kirill Serebrennikov. Ariane Ascaride
(Le Voyage en Arménie) et Giorgio Colangeli (L’Aria
Salata) ont obtenu les prix d’interprétations.
Sources :
«
Rome ville ouverte au cinéma », Le film français,
nº3175, 13 octobre 2006.
«
Rome s’invente dans le luxe un marché du film »,
Le Monde, 20 octobre 2006.
«
Programmation faible à la Fête du film de Rome »,
Le Monde, 24 octobre 2006.
«
Espaces de liberté », Les cahiers du cinéma,
n°616, octobre 2006.
Laurent Fournier
Retour haut de page |