Actualité

17 juin 2008
LE CINEMA, UNE LONGUE HISTOIRE DE POLITIQUE
Le 25 mai 2008 la palme d’or du festival de Cannes
est allée au film « Entre les murs » de
Laurent Cantet. Ce film retrace le quotidien tourmenté d’une
classe de quatrième en région Parisienne.
Film militant, ou plutôt comme on dit aujourd’hui,
film témoignage, cela fait plus objectif, moins engagé tout
en créant du sens, « Entre les murs » s’inscrit
dans le cadre du cahier des charges fixé, avant la
quinzaine, par le président du jury Sean Penn. Ce
dernier avait affirmé, fidèle à sa conscience
politique propre et affirmée, que le gagnant de la
palme d’or serait un réalisateur ou une réalisatrice
qui aurait fait la preuve d’être « très
conscient du monde qui l'entoure. »
Ce grand écart entre tapis rouge, strass, paillettes
et conscience politique peut surprendre le néophyte,
mais en réalité le cinéma et la chose
publique, sous toutes ces formes, ont une longue histoire
commune.
Jérôme Bimbenet , en se penchant sur l’histoire
du 7ème art, affirme que cet outil de communication
de masse a immédiatement séduit les têtes
couronnées.
Par sa capacité de représentation quasi infinie
du pouvoir en des termes choisis, le cinéma et très
vite apparu comme un complément indispensable de l’exercice
du pouvoir. Mais aussi de tous les pouvoirs et de tous les
points de vue. Ainsi Jérôme Bimbenet rappelle
que Méliès, en son temps, avait mis son talent
au service du Capitaine Dreyfus. Cette attitude sera suivi
par maints autres réalisateurs, au cours du XXème
siècle. Ainsi à coté du cinéma
de pouvoir va éclore le cinéma de contre pouvoir.
De l’équilibre entre ces deux mondes nait un
marqueur efficace de la valeur démocratique d’un
régime.
Parce qu’il touche tous les sens avec efficacité,
parce qu’il met le spectateur dans des dispositions
favorables de réception de l’information,
le cinéma est capable de fédérer et
de former l’opinion sans en avoir l’air.
Tous ont profité de cette caractéristique
hypnotique. Eisenstein pour le cinéma russe révolutionnaire,
Riefenstahl pour la propagande nazi du IIIème Reich,
et Hollywood pour la suprématie de l’économie
libérale et du mode de vie américain, ont
utilisé le cinéma, avec force et talant esthétique
et narratif. En poussant le raisonnement on peut prétendre
qu’il n’existe pas un seul film dans l’histoire
qui ne soit pas directement ou non rattachable à une
intention idéologique.
Si l’on veut bien considérer ce point de
vue, l’intention de Sean Penn aussi respectable qu’elle
soit à vouloir mettre la conscience politique au
cœur de la croisette n’a rien de novateur. On
reste là dans une présentation formelle et
classique du cinéma. Car le cinéma est politique
avant tout par nature.
Que ceux qui en doutent, devraient expertiser sa réglementation,
sa fiscalité, son économie, sa production,
sa distribution, bref tous les aspects techniques, sociaux
et juridiques de cet art. Ils y découvriront un
monde étrange, fait de compétitions, de luttes
et de difficultés innombrables qui font du simple
fait de voir un film terminé, une victoire et un
signe politique.
Le problème ne provient donc pas d’une politisation
du cinéma. Celui-ci nous l’avons dit l’est
par nature. Le problème vient d’un cinéma
univoque.qui nait de la main mise d’une institution
quelle qu’elle soit.
Les membres du jury du festival de Cannes 2008 semblaient
en tous les cas en être conscients. Cannes demeure,
quoique l’on en dise, une ouverture sur le monde. Un
lieu politique par excellence où l’on découvre
comme par magie qu’il n’y a pas d’incohérence à condamner
une politique guerrière et interventionniste en mettant
en lumière les pérégrinations quotidiennes
d’adolescents dans leur collège de banlieue.
Ça aussi c’est la magie du cinéma.
Jean-Hervé Roux
Sources :
Jérôme Bimbenet (Le mensuel de l’université),
enseignant à l’IUFM de Paris, membre de l’IHTP
(Institut d’histoire du temps présent)
http://www.lemensuel.net/Le-role-politique-du-cinema-en.html
Jean-Luc Douin
Sean Penn, un président anti-Bush pour le jury cannois
http://www.lemonde.fr/cinema/article/2008/01/03/sean-penn-un-president-anti-bush-pour-le-jury-cannois_995476_3476.html
Cristina Marino
http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2008/05/14/sean-penn-un-president-de-jury-tres-politique_1045056_766360.html#ens_id=766399
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