Actualité

20 mai 2008
LA FEDERATION NATIONALE DES DISTRIBUTEURS FRANCAIS
FURIEUSE CONTRE L'OFFRE JUGEE « PROVOCATRICE » D'UGC
Après avoir bouleversé le milieu du cinéma
notamment avec l’apparition des premiers multiplexes
français au début des années 90 puis
par le lancement de la carte UGC illimitée en 2000,
qui avait fécondé de vifs débats, une
nouvelle initiative de l’ « enfant terrible » du
secteur, annoncée en mai dernier, suscite de nouveau
des réactions. La question se posait, concernant la
carte, de savoir si les offres proposées par UGC entraient
ou non dans le champ des pratiques ayant pour objet ou pour
effet « de restreindre ou de fausser le libre jeu de
la concurrence sur un marché », qui sont formellement
prohibées par l’ordonnance du 1er décembre
1986, relative à la liberté des prix et de
la concurrence et qui s’applique également au
cinéma. Le Conseil de la concurrence avait déjà dû se
prononcer sur la pratique de prix prédateurs, susceptibles
de mettre en jeu la viabilité des exploitants concurrents
et UGC avait été amenée à modifier
son offre.
Le débat a été relancé avec l’initiative
que l’on peut qualifier sans nul doute, de provocatrice,
de la part d’UGC durant le mois de mai dernier. En
effet, UGC avait mis en place une nouvelle opération
tarifaire, loin d’être passée inaperçue
du côté des distributeurs. Etait prévu
un tarif unique de 3 euros, dans toutes ses salles, pour
tous les films, pour toutes les séances, et ce durant
une semaine, du 14 au 20 mai, à l’occasion du
Festival de Cannes. Ainsi, si l’offre a fait le bonheur
des spectateurs, il en va tout autrement pour les distributeurs.
Il apparaît en effet que les distributeurs sont les
moins bien munis contre les risques d’un échec
commercial. Ils partagent ces risques avec les exploitants
puisque les premiers sont rémunérés
proportionnellement aux recettes des seconds. Or, si les
exploitants disposent d’une large marge en matière
de politique de prix ou de programmation qu’ils peuvent
adapter en fonction des résultats d’un film,
les distributeurs ne maîtrisent pas le prix payé par
le public ni la durée de programmation, les mettant
ainsi dans une position inconfortable. Tous les acteurs ne
sont pas soumis aux mêmes contraintes et ne subissent
pas les mêmes risques et les divergences d’intérêt
entre les producteurs, distributeurs et exploitants, ne font
qu’amplifier les tensions dans la filière. Le
litige opposant la Fédération nationale des
distributeurs français (FNDF) à UGC illustre
bien ces frictions.
L’on comprend alors mieux pourquoi la FNDF a souhaité alerter
les pouvoirs publics de cet évènement. A cette
occasion, la FNDF n’a pas manqué de rappeler
les problèmes récurrents rencontrés
dus à l’inadaptation de la réglementation
actuelle relative aux prix et à la concurrence, au
contexte économique changeant. La FNDF a également
voulu attirer l’attention des pouvoirs publics sur
les propositions émises par elle dans le cadre du
rapport de Mme Perrot et M. Leclerc sur la concurrence et
le cinéma.
Des propositions sont en discussion, et la possibilité d’étendre
les compétences du médiateur du cinéma
en la matière n’est pas exclue. Selon les rapporteurs,
le médiateur du cinéma est l’institution
la plus adaptée pour assurer avec efficacité une
régulation du secteur, qui favorise la concurrence
des marchés tout en poursuivant des objectifs d’intérêt
général. Ils proposent une évolution
du rôle du médiateur, adaptée aux nouvelles
configurations du marché du cinéma : il pourrait
intervenir plus fréquemment en cas de non respect
des relations contractuelles entre exploitants et distributeurs.
Il pourrait également procéder à des
médiations en cas de litige sur la fixation des prix
de référence dus aux distributeurs. Certaines
stratégies de prix prédateurs pourraient lui être
soumises avant saisine du Conseil de la concurrence.
Dans la perspective d’une meilleure prise en compte
des distributeurs dans les modalités d’exploitation
des films, les rapporteurs suggèrent de leur donner
un droit de regard sur les prix pratiqués par les
exploitants. Mais si cela pourrait répondre à l’inquiétude
légitime de la FNDF, la conséquence qui en
découlerait pourrait être de restreindre la
liberté tarifaire, un tel changement ne serait donc
pas à prendre à la légère. En
outre, cela pourrait conduire à une uniformisation
des prix d’entrée au cinéma, ce qui n’est
pas l’objectif. Ainsi, dans le but de préserver
la liberté tarifaire des exploitants tout en canalisant
les effets de leurs politiques de prix sur les distributeurs,
le rapport propose plusieurs alternatives intéressantes
: la rémunération proportionnelle aux recettes
pourrait être assortie d’une composante forfaitaire,
ou encore, pourrait être établi un tarif de
référence en cas d’opération promotionnelle
réalisée par les exploitants. Les dispositions
qui instaurent une rémunération proportionnelle
aux recettes, et excluent donc toute marge de négociation
entre les opérateurs, pourraient être revues
et abrogées.
Source :
Le film français, 17 mai 2008, rapport « Cinéma
et concurrence » (mars 2008).
Flore BENHAMOU
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