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21 mars 2008
DOCUMENTAIRE : LA CONSECRATION
D'UN GENRE EN FRANCE COMME A L'ETRANGER
« En
réponse à la crise des valeurs humanistes et
la fin des utopies dont il a fallu faire le deuil, le documentaire
est désormais le lieu de nouvelles interrogations
de l’homme par l’homme. Pas pour asseoir des
certitudes mais pour reformuler à l’échelle
de microcosmes humains les questions essentielles de la vie. » Thierry
Garrel, Juste une Image, Jeu de Paume, Paris, 2000 Le succès
de certains films documentaires tant au cinéma qu’à la
télévision ainsi que la multiplication de manifestations
culturelles liées au genre, témoignent de la
vitalité de ce cinéma. C’est Microcosmos
: le peuple de l’herbe de Claude Nuridsany et Marie
Pérennou qui va marquer le regain de vitalité du
film documentaire éveillant l’intérêt
des producteurs et des diffuseurs au cinéma et à la
télévision. Avec ses 3 520 375 spectateurs
il affirme au cinéma une identité nouvelle
qui peut prétendre au même succès que
n’importe quelle fiction. Seront vendus dans les années
suivantes 600 000 DVD et cassettes de ce film. Suivront,
les Glaneurs et la glaneuse d’Agnès Varda en
2000, le Cauchemar de Darwin d’Hubert Sauper en 2004,
ou encore la Marche de l’empereur de Luc Jacquet en
2005. Au-delà de ses 1 950 000 entrées en France
ce film peut se vanter de ses 25 millions de spectateurs
aux Etats-Unis où il est le documentaire le plus vu
en salles derrière Fahrenheit 9/11 de Michael Moore
; il y reçoit en outre l’Oscar du meilleur film
documentaire. En France, les festivals dédiés à ce
genre cinématographique sont de plus en plus nombreux.
Ainsi, le Festival de Biarritz vient de se clore alors que
s’ouvre bientôt le Festival Cinéma du
réel ou encore le Festival international Jean Rouch.
Différentes hypothèses peuvent expliquer ce
succès. Le développement d’outils numériques
qui a banalisé l’accès à la fabrication
d’images et à leur montage permettant en même
temps de réduire considérablement les coûts
de fabrication d’un film. Lors des rencontres européennes
du cinéma documentaire organisées à paris
en décembre 2007, par plusieurs associations de réalisateurs
dont Addoc (France) les cinéastes ont souligné l’expansion
du marché des DVD, ajouté à internet
et plus modestement la video à la demande (VoD) qui
semblerait favoriser l’essor de nouveaux réseaux
de distribution. Ailleurs, les copies illégales assurent
une diffusion inédite. De l’Allemagne, où des
fonds publics soutiennent la création à la
chine où les réalisateurs font circuler leurs
films en catimini ou à l’Amérique latine,
qui voit naître de nouveau festivals, les situations
varient. Le rôle des télévisions reste
primordial ; elles demeurent le premier vecteur de diffusion
du genre. Aux Pays Bas où le cinéma documentaire
est riche d’une longue histoire avec des auteurs comme
Joris Ivens et Johan van der Keuken la télévision
publique propose quelque 300 films par an. En Allemagne sur
170 films nationaux projetés en salle en 2006, 60 étaient
des documentaires pour la plupart coproduits par la télévision.
En Grande Bretagne, la place de ces films sur les chaines
hertziennes décline. Mais, selon Kerry McLeod, du
Documentary Filmmakers Group, « la scène indépendante
est en pleine croissance ». Aux Etats-Unis, le documentaire
politique a le plus de succès. Succès remporté de
façon phénoménal par Michael Moore en
2004 avec la sortie de Fahrenheit 9/11. Ses recettes se sont élevées à plus
de 120 millions de dollars aux Etats-Unis et à 200
millions de dollars dans le monde. Si le succès de
Roger et moi en 1989 et de Bowling for Columbine en 2002
du même réalisateur ont préparé le
terrain, il faut souligner que, toujours aux Etats-Unis,
un certain nombre d’autres documentaires, comme the
Fog of War d’Errol Morris en 2003, The Coporation de
Mark Achbar et Jennifer Abbott en 2003, Control Room de Jehane
Noujaim en 2004, Super Size me de Morgan Spurlock, en 2004
et Une vérité qui dérange de Davis Guggenheim
en 2006 ont été eux aussi bien accueillis.
Leur performance est mesurée à l’aune
du box office. Super Size me dans lequel Spurlock s’en
prend à la restauration rapide, en est un bon exemple
: ses recettes ont atteint 11,5 millions de dollars aux Etats-Unis
alors qu’il n’a couté que 65 000 dollars.
La réussite financière ne fait cependant pas
tout puisque l’on peut assister à l’émergence
dans ce pays d’une série de producteur et de
réalisateur engagé dans des combats politiques
dont les films sont acclamés par la critique alors
qu’ils sont très peu distribués en salles.
A la tête de ce mouvement, le réalisateur et
militant Robert Greenwald – Iraq for Sale : The War
Profiteers en 2006, The Big Buy : Tom Delay’s Stolen
Congress en 2006, Wal-Mart : The Hign Cost of Low Price en
2005. Au Moyen-Orient, le succès d’Al-Jazira
et de dizaines autres chaînes satellitaires ont un
impact limité – du fait de l’absence de
libertés - mais réel. En Syrie de grands réalisateurs
comme Omar Amiralay, qui a créé une école
de documentaire à Amman en Jordanie, forment de nouvelles
générations qui travaillent grâce au
financement d’Al-Jazira. La première édition
d’un festival spécialisé est prévue
en février à Damas avec des cinéastes
internationaux de qualité, tel Nicolas Philibert-réalisateur
d’Etre et avoir. Dans les pays émergents la
création est en plein essor. Les circuits de diffusion
sont fragiles et les problèmes de censure demeurent
mais dans les grands festivals internationaux, le regard
des cinéastes sur leur contexte politique et social
est désormais présent. Le festival international
de Pusan en Corée du Sud, grand rendez vous du cinéma
asiatique, compte une large section documentaire. Celui de
Morelia au Mexique offre une fenêtre sur la création
latino américaine. Mais les organisations professionnelles
restent vigilantes, inquiètes devant la dérive
commerciale de nombreuses télévisions.
Florence Bonnardel
Sources :
Le Monde
Le Monde Diplomatique
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