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Chroniques

Jeudi 8 juin 2006
CANNES DANS L’ERE DU TEMPS
Le Festival de Cannes vient cette année de connaître
sa 59ème édition. Cette manifestation artistique,
bientôt sexagénaire, a pourtant débuté
il y a plus de 60 ans.
A la fin des années 30, choqué par l'ingérence
des gouvernements fascistes allemand et italien, dans la sélection
des films de la Mostra de Venise, Jean Zay, ministre de l'Instruction
publique et des Beaux-Arts, décide, sur la proposition
de Philippe Erlanger, de créer, à Cannes, un
festival cinématographique de niveau international.
C'est ainsi que Louis Lumière, l'un des deux frères
à l'origine du cinématographe, deviendra le
premier président du festival qui devait se dérouler
du 1er au 30 septembre 1939. Les préparatifs laissaient
déjà présager à l'époque
du glamour qu'allait revêtir ce festival. Dès
le mois d'août les stars commencent à affluer
et la Metro Goldwyn Mayer affrète un paquebot transatlantique
pour amener son gratin d'Hollywood. Des fêtes sont organisés
auxquelles participent des personnalités comme Gary
Cooper, George Raft. L’invasion nazie de la Pologne
le 1er septembre propulsera quelques jours plus tard la France
dans la guerre, et mettra fin à cette manifestation
mort-née.
Il faudra attendre 1946 pour que la cérémonie
ait lieu, et dès lors Cannes devient tout doucement
le rendez-vous du cinéma mondial. La cérémonie
reste fragile à ses débuts, à l’image
de l’édition de 1947 où le toit du Palais
nouvellement construit s’est envolé le dernier
jour. Le Festival de 1948 n’aura pas lieu.
La manifestation subit un certain nombre de pressions, qui
la poussera en 1952 à ne pas ouvrir le Festival avec
le film Quatre dans une jeep du Suisse Léopold
Lindtberg que la délégation soviétique
trouve dérangeant. Le début de la Guerre Froide
n’est pas alors insensible à cette situation.
En 1956, le film d’Alain Resnais Nuit et Brouillard
sera retiré du Festival sur ordre du Quai d’Orsay,
à la demande de l’Allemagne de l’Ouest.
Il s’agit sans doute du plus grand scandale qu’ait
connu le Festival de Cannes. On perçoit à travers
cette affaire le manque d’engagement artistique de la
manifestation, son corporatisme et son manque d’indépendance.
Frederico Fellini avec sa palme d’or de 1960 pour la
Dolce Vita, mettra en scène un photographe du nom de
Paparazzo qui deviendra un nom commun pour désigner
des photographes avides de glamour, et qui restent indissociables
du Festival de Cannes.
Claude Lelouch deviendra en 1966 le plus jeune réalisateur
primé à seulement 28 ans pour Un homme et
une femme, alors qu’Orson Welles recevra la même
année un prix de consolation en homme à sa “contribution
au cinéma mondial”.
L’année 1968 marquera le retour de la politique
dans le monde du Festival. Certains réalisateurs font
preuve d’un engagement très fort, à l’image
de Jean-Luc Godard, Claude Lelouch, Roman Polanski, Louis
Malle et François Truffaut, jurés démissionnaires
de cette édition qui a été très
marqué par les événements de mai 1968.
Le 18, Carlos Saura et sa compagne Géraldine Chaplin
iront même jusqu’à se suspendre au rideau
pour empêcher la projection de leur film, Peppermint
frappé. La séance est annulée.
En 1975, le Festival est en proie à des terroristes
et un mystérieux “Comité de lutte populaire
contre la perversion du peuple”. Une bombe explose la
veille de l’ouverture sur le côté du Palais,
brisant un grand nombre de vitres, une autre endommage la
villa de Marcel Dassault. Deux autres bombes sont retrouvés,
dont l’une a tué son poseur.
Cannes revêtira à nouveau une atmosphère
politique lorsqu’en 1979 Francis Ford Coppola, après
des mois de dur labeur, remportera la Palme d’Or pour
son Apocalypse Now qui n’était pas encore
totalement terminé dans sa version présenté
au Festival.
1982, à l’instar de 1968, sera une année
marqué par l’engagement des festivaliers en faveur
de la bonne conscience de gauche. A l’image de la Passion
de Jean-Luc Godard, certains films partant favoris se retrouvent
dépassés par une double Palme d’Or attribuée
à Yol de Yilmaz Güney (qui est recherché
par la police turque, et dont le gouvernement d’Ankara
a demandé l’extradition) et Missing
de Costa-Gavras, engagé depuis longtemps dans les causes
progressistes.
En 1984 un parfum hollywoodien plane sur la croisette, lorsque
le Festival invitent les stars à déposer l’empreinte
de leurs mains dans des plaques de glaise scellées
en bas des marches. L’année 1985 sera elle marqué
par la mort de François Truffaut à qui la manifestation
rendra l’hommage le plus vibrant jamais donné
à un cinéaste. Cannes est en deuil.
1987 sera une année phare mettant en lumière
les différences de point de vue artistique pouvant
exister entre les festivaliers. Sous le soleil de Satan
de Maurice Pialat remportera une Palme d’Or après
des débats vifs entre les jurés. Des injures,
des sifflements et des hurlements feront suite à l’annonce.
Le réalisateur y répondra, levant le point,
et en déclarant “ Je suis content pour tous
les sifflets que vous m’adressez. Si vous ne m’aimez
pas, je peux vous dire que je ne vous aime pas non plus.”
Deux ans plus tard un jeune cinéaste alors inconnu
reçoit la Palme d’Or pour son premier film, Sexe,
mensonges et vidéo. Steven Soderbergh marque l’histoire
du cinéma par son engagement en faveur des films indépendants.
En 1994 un autre jeune réalisateur recevra la Palme
d’Or pour un Pulp Fiction qui dévoile
l’éclectisme du choix des jurés à
travers les années. Après un détonnant
Reservoir Dogs, Quentin Tarantino s’impose
alors comme un des réalisateurs majeurs de sa génération.
En 1995 La Haine de Kassovitz propose une vision
subjective et critique de l’engrenage de la violence
dans les cités. Cette “haine du flic” avoué
par le réalisateur amène les policiers surveillant
la montée des marches à tourner le dos au passage
de l’équipe du film.
Alors que 1997 marque les 50 ans du Festival, les rumeurs
et les intox autour de la Palme d’Or deviennent omniprésentes,
si bien que les jurés se réunissent dans une
villa aux abords de la ville aussi bien gardés que
Fort Knox. Seul Gilles Jacob, président du Festival
et présent avec les jurés, peut être en
contact avec l’extérieur.
L’année 1998 marquera le record absolu de femmes
parmi les jurés. Au nombre de 5 sur un total de 10
membres, celles-ci s’appelaient Chiara Mastroianni,
Lena Olin, Winona Ryder, Zoé Valdés, et Sigourney
Weaver. La moitié des éditions du prestigieux
Festival avaient attribué qu’une seule place
à une femme parmi les jurés.
En 2002, Cannes vibre pour Michael Moore et son Bowling
for Columbine. Même si la Palme d’Or est
attribué au Pianiste de Roman Polanski, c’est
le film du protestataire américain, ainsi que son franc
parler, qui font sensation sur la croisette. “ La
violence des États-Unis, la façon dont le système
américain est organisé. Si vous êtes malade
aux États-Unis, allez vous faire foutre ! Si vous êtes
pauvre aux États-Unis, allez vous faire foutre ! On
en est à vous taper dessus quand vous êtes déjà
désespérés. C’est l’éthique
de notre société. Et pour moi, ce genre d’état
amène au terrorisme. C’est un état violent
contre les pauvres et contre ceux qui n’ont rien. La
façon dont les différences raciales sont utilisées
pour renforcer cette violence contre les pauvres.”
Son film remportera le prix du 55ème anniversaire du
Festival de Cannes. Deux ans plus tard, sa vision de la politique
de George W. Bush remportera la Palme d’Or attribuée
par un jury présidé par Quentin Tarantino. Le
contenu hautement politique et protestataire de Fahrenheit
9/11 entraînera pourtant pour celui-ci de grandes
difficultés de distribution sur le sol américain.
Le Festival de Cannes au fil des années est souvent
critiqué de part et d’autre. Éloigné
des réalités sociales, primant des films réalisés
par d’obscures réalisateurs inconnus du grand
public, etc. Pourtant, celui-ci arrive à suivre à
la fois le développement du cinéma, de sa naissance
avec la nomination en 1939 de Louis Lumière en président
du jury à ses différentes transformations, à
travers les récompenses attribués à des
réalisateurs comme Fellini, Scorsese ou Tarantino.
Le glamour indissociable du festival devient souvent secondaire
face à l’engagement politique dont peut faire
preuve certains films. En réussissant à concilier
aspirations sociales, politiques, artistiques, et people,
le Festival de Cannes continue à s’imposer année
après année comme LA manifestation majeure dans
le domaine du cinéma.
LA PALME D’OR AU FIL DES ANS
L’ensemble du palmarès du Festival de Cannes
est disponible à cette adresse.
A noter que les distinctions ont évolué au fil
des années, et la précieuse Palme d’Or
n’a en fait été créé qu’en
1955.
1955 – Marty de Delbert Mann
1956 – Le monde du silence de Jacques-Yves
Cousteau
1957 – La loi du seigneur de William Wyler
1958 – Quand passent les cigognes de Mikhail
Kalatozov
1959 – Orfeu negro de Marcel Camus
1960 – La Dolce Vita de Frederico Fellini
1961 – Une aussi longue absence de Henri Colpi
et Viridiana de Luis Bunuel
1962 – La parole donnée de Anselmo Duarte
1963 – Le guépard de Luchino Visconti
1975 – Chronique des années de braise
de Mohammed Lakhdar-Hamina
1976 – Taxi Driver de Martin Scorsese
1977 – Padre padrone de Vittorio Taviani et
Paolo Taviani
1978 – L’arbre aux sabots de Ermanno
Olmi
1979 – Apocalypse now (a work in progress)
de Francis Ford Coppola et Le tambour de Völker
Schlondorff
1980 – Que le spectacle commence de Bob Fosse
et Kagemusha de Akira Kurosawa
1981 – L’homme de fer de Andrzej Wajda
1982 – Yol de Yilmaz Guney et Missing de
Costa-Gavras
1983 – La ballade de Narayama de Shohei Imamura
1984 – Paris texas de Wim Wenders
1985 – Papa est en voyage d’affaires
de Emir Kusturica
1986 – The mission de Roland Joffe
1987 – Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat
1988 – Pelle le conquérant de Bille
August
1989 – Sexe, mensonges et vidéo de Steven
Soderbergh
1990 – Sailor et Lula de David Lynch
1991 – Barton Fink de Joel Coen et Ethan Coen
1992 – Les meilleures intentions de Bille August
1993 – La leçon de piano de Jane Campion
et Adieu ma concubine de Chen Kaige
1994 – Pulp fiction de Quentin Tarantino
1995 – Underground de Emir Kusturica
1996 – Secrets et mensonges de Mike Leigh
1997 – Le goût de la cerise de Abbas
Kiarostami
1998 – L’anguille de Shohei Imamura et
L’éternité et un jour de Theo
Angelopoulos
1999 – Rosetta de Jean-Pierre Dardenne et Luc
Dardenne
2000 – Dancer in the dark de Lars Von Trier
2001 – La chambre du fils de Nanni Moretti
2002 – Le pianiste de Roman Polanski
2003 – Elephant de Gus Van Sant
2004 – Fahrenheit 9/11 de Michael Moore
2005 – L’enfant de Jean-Pierre Dardenne
et Luc Dardenne
2006 – Le vent se lève de Ken Loach
Sources
:
Wikipedia
Festival de Cannes
Archives
Arte
Site officiel du Festival de Cannes
Benjamin
SARRAT
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