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19 mai 2006
MARIE-ANTOINETTE : LE SERVICE A LA FRANCAISE
C’est l’un des films évènement de
ce nouveau festival de Cannes et qui a été tourné
en Île-de-France et, notamment au château de Versailles,
qui est pourtant réputé inexpugnable. Néanmoins,
la commission de film a relevé le défi.
Ce long métrage, qui présenté en compétition
officielle au festival, est un exemple du savoir-faire français
en matière d’accueil de tournage. En effet, bien
que l’action se situe presque intégralement au
château de Versailles, rien n’indiquait que celui-ci
accepterait un tel tournage. Olivier-René Veillon et
son équipe de la commission du film Île-de-France
son parvenu à convaincre tous les interlocuteurs de
l’établissement public. Au final, Marie-Antoinette
a fédéré les compétences et énergies
de centaines de techniciens, loueurs et prestataires. Cette
réussite est dû à la Commission Île-de-France
qui a fait tout son possible pour être le plus en amont
des projet de long-métrage ; « si un
réalisateur doit tourner dans la région, il
se doit d’avoir intégré ce point dans
une démarche artistique » assène
le directeur de la Commission. Il faut noter que la France,
ne disposant pas d’incitations financières pour
attirer les producteurs étrangers, il convient de mettre
tous les atouts (historiques, architecturaux, techniques et
artistiques) de son côté pour qu’un tournage
se déroule bien sur le territoire. « Il
faut que la production, continue le directeur, qui vient tourner
à Paris se dise que c’est aussi pertinent, qu’elle
aura une réponse aussi efficace qu’à Los
Angeles, Vancouver ou Londres ». Pour cela, la
Commission du Film vient de signer un accord avec la Director’s
Guild et la Writer’s Guild, à l’occasion
du Location Trade Show, qui s’est déroulé
en avril dernier à Santa Monica (Californie) et qui
a réuni plus de 260 commissions du film du monde entier.
« L’objectif est, notamment, de pouvoir nouer
des relations avec des scénaristes très tôt
dans la phase d’écriture, afin qu’ils intègrent
la possibilité de tourner dans la région ».
La Commission du Film Île-de-France a été
créée officiellement le premier avril 2004 et
c’est le film Marie-Antoinette qui a essuyé les
plâtres. « C’est réellemnt le
premier dossier que nous avons reçu à la Commission,
se souvient Olivier-René Veillon. Il ne comportait
qu’une seule question : peut-on venir tourner à
Versailles ? et le message émanait de Sofia Coppola
qui souhaitait mettre en scène son Marie-Antoinette ».
Aussitôt, la Commission prend contact avec Christine
Albanel, présidente de l’établissement
public du musée et du Domaine national de Versailles.
. Car, si le château est un haut lieu du tourisme, s’il
accepte ponctuellement des tournages et ce, dans des cadres
bien définis, rien ne permettait d’emblée
de penser qu’un tournage de cette envergure été
possible. « La présidente a parfaitement
bien reçu le principe du film et de son objet. Un sujet
pareil ne se refuse pas. « Malgré
cet accord de principe, il nous a fallu voir jusqu’à
quel point Versailles pouvait et voulait jouer le jeu. Les
contraintes et les responsabilités liées à
ce site sont très lourdes mais Christine Albanel a
convaincu les équipes de l’intérêt
d’un tel tournage ». Au final, c’est
un grand oui qui a été envoyé à
la production.
Rapidement, un état des lieux des différents
sites a été dressé par la Commission
du Film, par Versailles ainsi que par Christine Rapillère
(directrice de production française du film) et de
Christophe Cheysson (le premier assistant réalisateur) :
pièces, escaliers, mobilier, jardins, statues et les
accessoires disponibles de l’établissement public.
Ce fut un travail titanesque que la Commission avait, de toute
façon, l’intention de réaliser. « Nous
avons fait de Versailles notre premier grand chantier en terme
de base de donnée des grands lieux réputés
du tournage, rappelle Olivier-René Veillon. Cela faisait
partie de notre stratégie mais nous ne pensions pas
le faire aussi tôt ». Aujourd’hui,
la Commission a répertorié une cinquantaine
de lieux de ce type qui sont référencés
dans les moindres détails, pour répondre aux
besoins des tournages. De plus, il a été mis
en place une politique tarifaire par la Commission et Versailles
pour adapter les besoins de la production de Marie-Antoinette,
mais en gardant à l’esprit les contraintes liées
à la sauvegarde du site, « du coup, Versailles
peut se targuer à ce jour d’être un véritable
accueil de site de tournage ». Face à l’enthousiasme
français et à la pertinence de l’offre,
la production décide de tourner la quasi-totalité
des films au château, alors qu’il avait été
prévu quelques scènes seulement. Ross Katz (le
producteur du film) disait en avril 2005 au magazine Screen
International : « Grâce aux efforts
des gestionnaires du site et au travail des Commissions du
Film, la production a bénéficié d’un
accès particulièrement privilégié
au palais et aux jardins ». Mais d’autres
sites ont répondu à l’appel. Par exemple,
la chambre de Marie-Antoinette a été constituée
au château de Millemont et les appartements du roi à
l’hôtel de Soubise. Par ailleurs, les scènes
du Trianon ont été tournées à
Pontchartrain et une partie des scènes de Versailles
au château de Dampierre. Quant à la séquence
du bal, elle a été tournée au palais
Garnier et l’antichambre de la Reine est figurée
par l’ambassade de Roumanie à Paris. Enfin, d’autres
scènes ont été tournées à
Champs-sur-Marne, Vaux-le-Vicomte et, plus surprenant, à
la banque de France. « Nous cherchions une
galerie qui soit équivalente à celle du palais
des Schönbrunn à Vienne car la production envisageait
de s’y rendre pendant une semaine. Ce qui, il faut l’avouer,
ne l’engager guère et ne nous emballait pas non
plus. Nous avons donc parcouru la région à la
recherche de cette perle jusqu’à la trouver au
cœur de la banque de France, dans la galerie dorée ».
Cette salle avait déjà accueilli des tournages
(Vattel de Roland Joffé ou Tous les matins du monde
d’Alain Corneau). Un tel accueil n’a pas échappé
à Ross Katz : « la qualité artistique
de l’équipe est supérieure à tout
ce que j’ai pu voir jusqu’ici. On sent un enthousiasme
et une fierté dans leur travail ». Mais
sur le plan humain aussi la France a marquée des points.
« Le tournage s’est déroulé
au printemps 2005 et a occupé une centaine de techniciens
français sur les douze semaines de tournage »
résume le directeur de la production.
Marie-Antoinette a également profité aux prestataires
français, principalement à l’EST, qui
est le studio créé par Christian Guillon. Christine
Rapillère a fait appel à l’expertise du
studio car « ils avaient besoin de supervision
sur le tournage, ce qui est une de nos spécialités,
rappelle Kevin Berger, superviseur sur le film. Il s’agissait
de créer un matte-painting en 2D à partir du
château de Vaux-le-Vicomte, pour figurer celui de Schönbrunn
à Vienne, qui est la résidence de la famille
de la Reine ». Kevin Berger, en compagnie d’Alexandre
Bon (autre superviseur de l’EST), a rencontré
Roman Coppola, le frère de Sofia, qui dirigeait la
seconde équipe. Avant le tournage, le duo s’est
longuement entretenu avec le chef décorateur K.K. Barett
qui avait déjà réalisé une maquette
avec des éléments photographiques du château
autrichien. A partir de là, le tournage des deux superviseurs
de l’EST démarre à Vaux-le-Vicomte et
se poursuit à Vienne. « Un gros travail
puisque nous avons shooté pas loin de 300 photos, en
fonction des axes de caméras et des pelures que nous
devons créer ». Au final, l’EST a
réalisé un plan de 200 images, incluant un recadrage,
le changement de toute la toiture, l’extension du bâtiment
de Vaux-le-Vicomte et l’effacement de quelques éléments.
Ainsi, Kevin Berger raconte a propos de sa collaboration avec
l’équipe de Sofia Coppola : « nous
avons eu la chance d’avoir une très large écoute
de la part de Roman et de son équipe, avec une vraie
conscience du trucage ».
En termes de retombées économiques, la Commission
a enregistré 50 millions d’euros de dépenses
directes liés à la venue de tournages étrangers.
Il faut associer ce très bon chiffre aux autres tournages
ayant lieu dans la région Île-de-France comme
le Da Vinci Code de Ron Howard dont le budget de 135 millions
de dollars a permis d’essaimer en France et Marie-Antoinette
de Sofia Coppola. « On estime à 20 millions
d’euros les dépenses réalisées
en France, ce qui représente plus d’un tiers,
voire près de la moitié du budget global ».
Néanmoins, Monsieur Veillon ne cache pas une certaine
amertume face à un certain attentisme de la part des
pouvoirs publics : « La France est le seul
grand pays de cinéma à ne pas avoir d’incitations
financières pour les tournages étrangers. J’estime
que l’on bride volontairement l’emploi et l’activité
de ce domaine. Heureusement, Hollywood ne s’y est pas
trompé et a parfaitement conscience que l’on
ne doit pas faire d’économie d’image. Les
productions de la valeur des sites que nous proposons et c’est
pourquoi nous demeurons attractifs ». Et de poursuivre :
« malgré l’absence d’incitations
fiscales, nous pouvons accueillir des tournages d’envergure,
ceux-ci font la démarche de venir en France. Réfléchissez
à ce que cela pourrait être avec des mesures
fiscales adaptées ! Si nous étions à
armes égales, nous pourrions concurrencer allègrement
l’Angleterre (50% de l’activité londonienne
est générée par les tournages étrangers
par exemple) ou la Hongrie, etc.… ».
Source : François
Chevallier pour le n°507 de Sonovision Broadcast
Audrey
RAPUZZI
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