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Actualité

6 mai 2006
LES RENDEZ-VOUS DU CINEMA FRANCAIS A NEW YORK
Il y a une phrase que tous les acteurs ou actrices américaines
ont prononcé un jour : « J’adore
le cinéma français. J’ai vu tous les Truffaut ».
Dans le pire des cas, elle sera utilisée pour complimenter
notre culture cinématographique. Au mieux, elle sera
dite par un cinéaste ayant des connaissances dans la
matière. Pour nous, français, elle nous désespère
car elle sous entend que près de cinquante ans après
la Nouvelle vague, il n’y a plus de films intéressant
le public américain.
Quelques jours après la cérémonie des
Oscars, où La marche de l’empereur de Luc Jacquet
a remporté le prestigieux trophée, commençait
la onzième édition du Rendez vous with french
cinema à New York. Cet évènement est
organisé par Unifrance, organisme chargé de
la promotion du cinéma français à l’étranger,
avec la Film Society du Lincoln Center et l’IFC Center.
La manifestation permet aux habitants de New York de voir
quinze productions françaises et nous donne l’occasion
d’élaborer une enquête sur le futur commercial
et culturel du cinéma français aux Etats-Unis.
Si on se fie aux chiffres, notre industrie cinématographique
ne s’est jamais aussi bien portée. En effet,
en 2005, onze films français ont réussit à
atteindre la barre du million de dollars de recette. Notre
marché a même doublé avec 150 millions
de dollars amassés. « C’est un vrai
mensonge officiel » déclare Cédric
Klapisch, qui rappelle que le premier film de ce classement,
La marche de l’empereur (avec 78 millions de dollars),
est « en quelque sorte un remake ».
Ainsi, les spectateurs américains l’ont découvert
avec des commentaires différents, en anglais, et avec
une autre musique. On pourrait parler d’une américanisation
du documentaire oscarisé. « Il ne faut pas
se raconter d’histoire, ajoute Véronique Bouffard,
déléguée générale d’Unifrance.
Ces chiffres doivent beaucoup à La marche de l’empereur,
mais aussi aux productions de Luc Besson ». En
cela, les fameuses productions Besson Le Transporteur
2 (43 millions de dollars) et Danny the dog
(24,5 dollars) de Louis Leterrier occupent les deuxième
et troisième place de ce classement. Le quatrième
rang revient au film de Jean-François Richet, Assaut
sur le central Treize (20 millions de dollars). En fait,
des films qui n’ont de français que leur réalisateur
et leur financement. En effet, le premier film en français
de cette liste est Un long dimanche de fiançailles,
de Jean-Pierre Jeunet, est cinquième avec « seulement »
6,2 millions de recette.
Ce qui pose problème pour les américain est
la barrière de la langue et du sous titrage qui laisse
peu de chance à notre cinéma de s’épanouir.
Il reste l’intervention d’Unifrance, longtemps
dirigé par Daniel Toscan du Plantier et instituer en
1949. Depuis le décès de ce dernier, la direction
est revenue à la productrice Margaret Meneegoz. Grâce
à Unifrance, le cinéma français pourrait
trouver son public à l’étranger. Ainsi,
lors des Rendez vous with french cinema, pour la première
fois, un de nos film était projeté à
la fois au Walter Reade theater, une salle prestigieuse, Lincoln
Center et à l’IFC theater (multiplexe d’art
et d’essai).
« Montrer nos film au centre ville, dans une salle
commerciale, est une expérience formidable, explique
John Kochman, le patron du bureau de New York d’Unifrance.
Mais, il est important pour nous de conserver le Walter Reade
Theater pour le Rendez vous. C’est là que vient
le public de base de ce festival, ceux qui vont voir des films
français ».
Cette année, la manifestation a divisé les journalistes
américains. L’un des journalistes les plus conciliant,
Stephen Holden (du New York Time) a subordonné à
tous les films de la sélection à Vers le sud
de Laurent Cantet. Time out, le plus virulent, a donné
pour titre Rendez vous avec les succès du cinéma
français (et ses ratés). De plus, Village voice
a descendu en flamme le Palais royal de Valérie Lemercier.
Cette dernière, face à la critique new-yorkaise,
a répondu : « J’ai lu ce très
mauvais papier avant d’arriver, et c’était
mieux ainsi, parce que, du coup, je ne m’attendais pas
à être si bien accueillie ». Et malgré
la mauvaise presse, la réalisatrice, qui a fait l’ouverture
du festival, est sortie sous les acclamations des spectateurs.
Valérie Lemercier ajoute « Je n’avais
pas l’intention d’assister à la projection,
mais finalement, je suis restée. Les gens riaient au
bon moment, comprenaient tout bien. Même si le film
n’est pas très compliqué, c’est
toujours agréable d’être comprise. J’avais
peur que ça ne passe pas, et j’ai été
surprise qu’ils s’amusent ». Cela prouve
ainsi que le public américain peut apprécier
les comédies françaises (et pas la presse).
Le film de Danielle Thompson, Fauteuil d’orchestre,
a fait un tel carton que certains distributeurs américains
ont envisagé de distribuer le film aux Etats-Unis après
avoir, dans un premier temps, rejeté l’idée
de l’acheter. Autres succès français,
Les poupées russes de Cédric Klapisch (suite
de l’auberge espagnole) et Je ne suis pas là
pour être aimé de Stéphane Brizé.
Ce dernier ayant déclaré : « C’est
toujours émouvant de voir que, très loin de
France, le film fonctionne. C’est une impression forte ».
Alors, la question est de savoir ce qu’il faut faire
pour donner l’envi aux spectateurs américains
de venir voir nos films ? La première réponse
semble évidente : sortir nos production en salle.
En effet, peu de réalisateur ont la chance, comme Christian
Carion et son film Joyeux noël, de voir son film projeté
dans des salles prestigieuses. Ce qui ne joue pas en notre
faveur est que l’un des principaux distributeurs soutenant
le cinéma français, a fermé ses portes
il y a peu de temps. Cela a jeté une ombre sur le Rendez
vous. De plus, d’autres films ne sortent aux Etats-Unis
qu’en DVD. Nous citerons par exemple Douches froides
d’Anthony Cordier ou 10ème chambre, instants
d’audience de Raymond Depardon. Il est difficile pour
les vendeurs français de ne pas céder à
la tentation de brader certains films. « Quand
36, quai des Orfèvres a été présenté
ici l’an dernier, raconte Dorothée Grosjean,
exportatrice chez Gaumont, un distributeur m’a proposé
d’acheter le film pour 50000 dollars. Nous avons décliné
l’offre ; elle était trop loin de ce que
nous espérions (entre temps, les droits de remake de
ce film ont été vendu pour un montant élevé).
Les américains, ne voyant pas les films sous-titrés,
la sortie en salle entraîne souvent des coûts
que l’exploitation ne peut couvrir, ajoute-t-elle. Du
coup, il est plus facile pour eux d’acheter les droits
de remake. Mais si des offres se présentent pour acheter
ceux de Je vous trouve très beau, d’Isabelle
Mergault, ça ne diminuera pas pour autant notre volonté
de vendre le film dans sa version française ».
« Tout film sortant sous-titré aux Etats-Unis
est immédiatement étiqueté « art
et essai » pour attirer les intellectuels, explique
Richard Lorber, président de Koch Lorber films, distributeur
des Temps qui changent d’André Techiné.
Ce public veut bien prendre du bon temps au cinéma,
mais pas en perdre. Nous avons Hollywood pour ça ! ».
Mais il est clair que le festival du film français
à New York a ses favoris. Ainsi, certains de nos réalisateurs
ont la côte outre atlantique : Claire Denis, Olivier
Assayas, Benoît Jacquot ou Bruno Dumont. Malgré
cela, la presse américaine est encore sous l’influence
de Renoir et de la Nouvelle Vague.
Comme le dit Cédric Klapisch, « il y a un
vrai travail à faire pour améliorer la communication
sur les films français » et leurs auteurs.
Pour cela, le réalisateur fait confiance à John
Kochman qui reste à l’écoute des critiques
et des propositions, qui ne manquent pas. Le metteur en scène
de L’auberge espagnole regrette le manque de
rencontres et de discussions avec les protagonistes de l’industrie
cinématographique américain : les comédiens,
les réalisateurs ou les producteurs. Klapisch prône
le dialogue avec les futurs cinéphiles, c'est-à-dire
les université : « Quand tu parles
à 100 étudiants, ça a plus d’impact
que lorsque tu t’adresses à 400 spectateurs de
60 ans ! Avant, il n’y avait pas de remplaçants
aux auteurs de la Nouvelle Vague. Aujourd’hui, il y
a Bacri-Jaoui, Jeunet, Audiard, dont la force d’écriture
vaut celle de Rhomer ». Peut être, avec le
temps, nous arriverons à entendre aux Etats-Unis des
spectateurs dire qu’ils adorent les films de Truffaut,
Klapisch, Jeunet, Audiard…
Source : Patrick Fabre pour Studio Magazine
numéro 223.
Audrey
RAPUZZI
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